CRÉATIONS
Création 2027

Les Dragons
Texte : Jérome Colin
Avec :
Marion Duquenne et Nicolas Violin
Spectacle sur la santé mentale des adolescents
Intrigue
«Le dragon a entre treize et dix-huit ans. Très souvent, le dragon est une dragonne. Il y en a de toutes sortes et de toutes tailles. Ils ressemblent aux enfants normaux. Le dragon est comme tout le monde, mais tout le monde a décidé qu'il était différent. Il croit qu'il est seul au monde parce qu'on ne lui a pas dit qu'il y avait sur Terre d'autres dragons. En réalité, le monde est peuplé de dragons. »
Résumé
Jérôme à 15 ans. Il est en colère. Contre ses parents, contre l'école, contre le monde qui le rejette, contre les monstres qui l'empêchent de dormir. Sur décision de justice il est interné dans un centre de soin pour adolescents. Là, ils rencontrent les dragons, ces enfants abîmés par le monde. Parmi eux, il y a Colette. Elle veut mourir. Lui, veut l'embrasser, l'emmener loin d'ici. Il veut la sauver, et elle, elle le sauvera aussi. Les Dragons c'est l'histoire d'un coup de foudre entre deux adolescents plus normaux qu'il n'y paraît. Un cri d'amour pour ceux que notre société cache mais qui disent tant de nous.

Note d'intentions
Les Dragons est un roman qui ne raconte pas seulement l'adolescence. Il raconte ce moment fragile où l'on cherche désespérément sa place dans un monde qui semble déjà avoir décidé qui nous devions être. Lorsque j'ai découvert ce texte de Jérôme Colin, j'ai eu le sentiment de retrouver une émotion profondément enfouie. Celle d'une adolescence traversée par le doute, la solitude, le sentiment d'être à côté des autres, incapable de trouver sa place. Cette impression de vivre en marge, d'observer le monde sans parvenir à y entrer réellement. Cette lecture a fait écho à une expérience intime qui continue encore aujourd'hui de nourrir mon regard d'artiste.
C'est cette résonance qui me donne aujourd'hui l'envie de porter Les Dragons à la scène. Après Elle pas princesse, Lui pas héros, qui interrogeait la liberté d'être soi, Les Dragons s'inscrit comme une évidence dans mon parcours. On y retrouve cette même attention portée à celles et ceux qui peinent à trouver leur place, à ceux dont la voix reste souvent trop discrète pour être entendue.
Notre adaptation sera pensée pour deux interprètes, une femme et un homme. À eux deux, ils feront naître l'ensemble des personnages. Ce choix de distribution permettra de mettre en lumière l'universalité du récit : chacun peut être tour à tour celui qui souffre, celui qui observe ou celui qui tend la main. Que nous portons tous une part de ces adolescents. Que leurs peurs, leurs élans et leurs blessures sont universels.
Comme dans mes précédentes créations, je souhaite que les espaces du spectacle ne soient jamais installés définitivement devant le spectateur. Ils apparaîtront au fil du récit, comme apparaissent les souvenirs. À mesure que les personnages prennent la parole, les lieux surgiront de leur mémoire : une bibliothèque, une voiture, un couloir, une chambre, un endroit où l'on attend, où l'on observe, où l'on tente de trouver sa place.
Une bibliothèque en bois accompagnera également les personnages. Elle sera comme une réserve d'histoires, un refuge, un endroit où les mots attendent d'être réveillés. Les livres qui en sortiront ne seront pas seulement des accessoires : ils seront des personnages à part entière.
Le spectacle est pensé pour aller à la rencontre des élèves, dans les collèges et les lycées. Cette proximité est essentielle. Nous souhaitons créer un moment de partage : un théâtre qui s'adresse à eux avec sincérité. Parce qu'aujourd'hui plus que jamais, beaucoup d'adolescents grandissent avec le sentiment d'être seuls, de ne pas être à leur place, de devoir cacher leurs fragilités pour exister.
Si ce spectacle parvient, le temps d'une représentation, à faire sentir à un jeune qu'il n'est pas seul à éprouver cela, alors il aura déjà trouvé sa raison d'être. Dans un contexte où les questions de santé mentale, de harcèlement, d'identité et d'isolement touchent de nombreux jeunes, adapter Les Dragons est une nécessité artistique. Et profondément humaine.
... Création 2026 ...
Elle pas princesse,
Lui pas Héros
Avec : Marine Keller, Nicolas Violin, Marc Bonzom

Intrigue
Elle pas princesse, lui pas héros raconte l'histoire de trois enfants : Leïli, une fille qui refuse d'être une princesse, Nils, un garçon sensible qui ne se reconnaît pas dans l'image du héros « fort et courageux », et de Cédric qui veut correspondre à tout prix à ce que l'on attend d'un garçon de son âge.
A travers un théâtre sensible et accessible dès 6 ans, le spectacle interroge avec finesse des enjeux profondément actuels : la construction de l'identité et l'acceptation de l'autre, les violences invisibles du quotidien, et la quête d'identité à l'âge où on apprend à devenir soi-même
Leïli et Nils ne sont pas des enfants comme les autres — ou plutôt, ils ne rentrent pas dans les cases qu'on voudrait leur imposer.
Leïli n'a rien d'une princesse : elle est vive, combative, n'a pas peur de se salir et refuse de se taire.
Nils ne veut pas jouer les héros, il est un garçon rêveur, silencieux, qui préfère les dessins à la bagarre.
Dans leur classe, il y a aussi Cédric. Cédric est courageux, il parle fort, se moque parfois. Il veut être vu, reconnu, exister. Il veut être le garçon parfait !
La pièce interroge avec sensibilité ce que l'école fabrique de nos identités : les rôles que l'on nous donne, et ceux que l'on ose inventer.

Note d'intention
Mon envie de mettre en scène « Elle pas princesse, lui pas héros » est née d'un besoin urgent de faire entendre des voix qu'on entend trop peu au théâtre : celles des enfants, dans toute leur complexité, leur fragilité, et leur puissance. La mise en scène cherchera à traduire la solitude intérieure des personnages, tout en laissant place à leur puissance d'imagination et de réinvention. L'autrice donne une voix à celles et ceux qui ne rentrent pas dans les cases, qui ne se reconnaissent pas dans les rôles qu'on leur assigne : celle de Leïli, une jeune fille vive et insoumise, et celle de Nils, un garçon sensible et en retrait. Nous tenions également à ce que le personnage de Cédric – figure charnière, miroir à la fois du rejet et de la possible complicité- existe et soit entendu. À travers ces récits croisés, la pièce interroge avec une grande justesse la construction de l'identité, les attentes liées au genre, et les violences invisibles du quotidien.
Notre projet vise à faire résonner ce texte auprès du jeune public, en mettant l'accent sur la simplicité scénographique, l'incarnation physique de la langue, et la fluidité de la narration. Trois interprètes donneront corps à ces voix avec dynamisme, dans une adresse directe au spectateur, entre théâtre-récit et théâtre de l'intime. Le dispositif scénique sera donc ultra-mobile : tout le décor tiendra dans des sacs, des cartables, des valises. Chaque comédien·ne arrivera avec ses objets, comme un.e élève parmi d'autres, et déploiera peu à peu son univers.
Cette pièce est un outil précieux pour ouvrir le débat avec le public – notamment les plus jeunes – sur les stéréotypes, le genre, l'écoute, la différence, et la résilience. Il s'agit de transmettre l'idée que l'on peut, malgré les étiquettes qu'on nous impose, inventer son propre chemin. Faire entendre cette parole, c'est affirmer que chacun·e a le droit de ne pas rentrer dans les cases. C'est dire que l'on peut être une fille sans être une princesse, un garçon sans être un héros. Et que cela n'est pas une faiblesse, mais une richesse
Notre objectif est d'offrir une expérience forte, directe, sensible. Un théâtre de proximité, à la fois simple et profond, qui laisse des traces.
Parce qu'il est urgent de dire aux enfants qu'ils ont le droit d'être eux-mêmes.
Parce qu'il est essentiel de leur rappeler qu'ils ne sont pas seuls.
Et que les héros, parfois, ne ressemblent pas à ceux qu'on imagine.
Extraits

" - Toi
aussi on se moquait de toi quand tu étais petit ?
- Évidemment.
- Toi
aussi, on ne voulait pas jouer avec toi quand tu étais petit ?
- Évidemment.
- Toi
aussi, on te jetait des cailloux, on te disait que tu trichais ?
- Non,
princesse. On me collait des chewing-gum dans les cheveux !
- Ron,
tu viens me lire les recettes de cuisine de ELLE Magazine ?
- Bien
sûr.
- Ron,
tu m'aides à faire mes lignes de punition ?
- D'accord.
LIGNES DE PUNITION
J'ai
le droit de porter un K-Way de garçon.
J'ai
le droit de gagner au jeu d'orientation.
J'ai
le droit de pleurer quand je suis triste.
J'ai
le droit d'aimer la forêt, la bouillasse et les courses
d'orientation.
J'ai
le droit de préférer les chaussures de rando.
J'ai
le droit de ne pas aimer qu'on me jette des billes.
J'ai
le droit de ne pas aimer qu'on me dise que je suis un monstre.
J'ai
le droit de bien aimer Cédric même si je ne ressemble pas à Chloé.
- Mais
j'ai le droit aussi de dire que je suis une princesse ?
- Si
tu veux. "
" Il n'y avait pas de loup. Ici, il fallait surtout faire avec un prédateur bien plus étrange. Le Dahu. Personne ne l'avait jamais vu. Mais tout le monde pouvait le décrire. Il avait une patte plus longue que l'autre et son petit plaisir, c'était de se mettre sous la dent une petite fille aux grands yeux bien mignonne. Il aimait ça, Dahu, les petites filles. Les petites filles avec des couettes. Avec des robes. Avec des ballerines. Il attendait dans un bosquet qu'il y en ai une qui marche le long de la route et là il lui sautait dessus et l'histoire dit qu'il la dévorait tout cru. Maman avait donc été formelle : pas de grands yeux, pas de couettes, pas de robes, pas de ballerines que des paniers ou un Eastpak au dos et roule ma poule ! "
" - Maman, tu savais que les escargots sont hermaphrodites? C'est une bonne idée. Je trouve ça bien. Si j'étais un escargot, je serai pas obligé de me dire que je suis pas un garçon quand je fais des trucs de fille, parce que franchement, là je suis fatigué. Fatigué de faire le Super Chef. Je vais me concentrer sur autre chose, je crois."
" - Super
Mamie !
- Qu'est-ce
qu'il y a ma truffe ?
- Tu
crois que je suis normal ?
- Bien
sûr, ma truffe ! Pourquoi poses tu cette question ?
- Je
suis le plus petit de ma classe, je suis le plus maigre de ma
classe.
- Et
ça te fait mal ?
- Non,
mais je me pose des questions, parce que papa s'inquiète, il croit
que je suis pas un petit garçon.
- Oh
ma truffe ! Viens là. Ton père oublie toujours que tout
change à la puberté.
- Ça
veut dire quoi ?
- A
un moment, ton corps va changer.
- Et
toi, mamie, c'est la puberté qui t'a fait aimer la mécanique ?
- La
puberté n'a rien à voir là-dedans, ma truffe ! La mécanique
ça c'est une histoire de préférence ! Et autant te dire
qu'on m'a bien cassé les pieds avec ça !
- Mamie,
tu crois quand même que je suis normal ?
- Mais
bien sûr, ma truffe. "
" J'aime bien les cheveux. Longs. Très longs. On ne les a jamais coupé et là, maintenant, ils ont une longueur parfaite ! Pour avoir chaud l'hiver. Pour avoir le vent qui les fait bouger l'été. Papa, il n'aime pas trop que j'ai les cheveux longs, mais je crois qu'il est jaloux parce que lui, il n'a pas le droit d'en avoir parce qu'il est vieux. "
" J'ai
une idée. L'idée du siècle.
Je
vais inventer un exposé digne d'un grand chercheur qui en bouchera
un coin à tout le monde. Je vais choisir l'animal le plus formidable
pour en faire une exposition magique en bocaux extraordinaires. [...] L'ESCARGOT.
Voilà mon sujet. Pendant que tout le monde traitera du chien, du chat ou du hamster, je choisis un animal sauvage, dont je me donne comme défi de répertorier toutes les caractéristiques. [...]
- Et
alors Cédric, comment as tu classé ces escargots ? En
fonction de leur couleur ?
- D'un
coté, il y a les garçons de l'autre les filles. La couleur c'est
le deuxième critère du classement.
- Tu
es très fort, Cédric.
- Merci
maîtresse.
- En
fait, tu viens de réussir une chose quasi impossible.
- Je
sais maîtresse.
- Et
là, je sens comme dans mon corps un sentiment de victoire. "

Histoire(s) d'amour(s)
Création ayant reçu les prix de Meilleure Mise en scène, Meilleure Scénographie et Meilleur comédien masculin au RITUA

Synopsis
Un homme, le Premier homme, semble avoir écrit et être continuellement en train d'écrire une histoire, peut-être une pièce qui deviendra mise en scène.
Un jour, aujourd'hui, au moment du spectacle, un autre homme et une femme découvrent, lisent, inventent cette pièce. La pièce raconte le souvenir, par bribes, de leur passé commun lorsqu'ils vivaient ensemble - ou l'histoire, peut-être, d'autres hommes et d'une autre femme.
Ce qui est sûr, c'est qu'ensemble ils vont tenter de nous raconter cette histoire, de la faire exister, de l'inventer, la réinventer sous nos yeux...
Note d'intention
La mise en abyme est au centre de la mise en scène. Elle est d'abord renforcée par le choix du collage des deux textes mais aussi par la scénographie. Les deux textes juxtaposés donnent l'impression que l'histoire se réécrit indéfiniment. Ses protagonistes paraissent enfermés dans une ritournelle où ils ne cessent, comme pour échapper à l'oubli, de dire à l'infini, créant ainsi un effet de vertige à l'image des boites gigognes qui se dévoilent les unes après les autres sans jamais s'interrompre. Pour intensifier cet effet de vertige, la valise m'est apparue comme l'objet le plus significatif. Elle est symbole d'intimité, de passé : ce que l'on véhicule avec soi. Elle est porteuse des liens familiers et intimes. Elle annonce également un changement de vie, un voyage, un déplacement qui ouvre à de nouvelles perspectives, favorables ou non... Elle est, par définition, un objet transitionnel. Objet qui nous protège de l'angoisse de la séparation. Mettre sur la scène, pour ces textes, quatre valises et une malle de voyage m'apparaissait comme une évidence.

